J'ai entendu des voix, des cris. Je les ai entendu s'élever, comme pour leur donner plus de chance d'être entendues par je ne sais quel dieu. Sait-on jamais si un ange passait juste à ce moment...Peut-être se serait-il attarder. Peut-être se serait-il poser sur l'une des ses épaules et, dans un regard de bienveillance, aurait promis bonheur et fortune. Pourquoi pas ? On n'est jamais trop naïf.
Je n'ai ressenti aucune colère. Je les ai compris. Je faisais pareil, les autres années. Aujourd'hui, souhaiter la bonne année me donne la nausée. Ça sonne faux. Comme une note trop aigu dans une chanson trop grave. Ça n'a pas sa place, tout simplement. Ça s'immisce, s'impose, dans une seule minute de nos vies, celle où le monde entier espère, frémit, ose un peu voir l'horizon et lui donner des couleurs. Beaucoup apprennent plus tard que ça n'y change rien.
Tous les "bonnes années" du monde n'y changeront jamais rien. Ces deux bien faibles mots n'auront jamais d'autre pouvoir que celui d'illusionner. Alors oui, pendant une minute peut-être, on y croit mais bien vite le ciel change de couleur et c'est à la cuillère qu'on ramasse les étoiles : celles qu'un joyeux 1er janvier, on avait accroché avec certitude dans une nuit encore incertaine. Juste pour y croire. Juste un moment.
...Parce qu'au fond, on n'est jamais trop naïf.
J'en ai accroché des étoiles. Pour toi.
A présent, je croule sous leur fossile.
Repose en paix, bel ange.



